Le départ de Gérard
Nota bene : par soucis de confidentialité, nous appellerons la commune dont Gérard est originaire Velizy-lès-Régine. Gérard est aussi un prénom d’emprunt.
19 h 00, un samedi soir sur la Terre. Aujourd’hui, dans cette petite commune d’au moins, pfiou, douze habitants, on a le coeur lourd : Gérard, le secrétaire de mairie, part à la retraite. A l’entrée de la salle des fêtes, impossible de manquer les guirlandes électriques qui forment, en lettres de feu du pauvre, son prénom. Pratique pour se repérer dans le noir, puisque le pouvoir éclairant des deux lampadaires Vélizy-lès-Régine est finalement très limité.
J’arrive donc à l’entrée de cette salle polyvalente au charme si typique des années 70, et je tombe sur deux beautés à la cinquantaine déjà bien attaquée. L’odeur violente de parfum pas cher qu’au-Monop’-du-coin-t’en-as-quinze-bouteilles-pour-le-prix-de-deux qui se dégage d’elles me signale que ces deux bombasses sont là pour pécho. Grave. Du jeune, si possible.
Une fois à l’intérieur, j’en ai pour mon argent. Une cinquantaine de moustachus qui attendant visiblement un heureux événement me font face (ils ont recruté des figurants, y’a pas autant de monde en vrai dans le village). A ma droite, deux tables oubliées là depuis des décennies, comme en témoignent les dix centimètres de poussière. En face, quatre poteaux à la peinture écaillée soutiennent ce bijou d’architecture. Au sol, le parquet fait des vagues, genre il doit y avoir un dénivelé d’un mètre entre deux endroit de la pièce.
Oubliant ma peur – je suis là pour faire un papier après tout, ils ne vont pas me manger, hein ? – je pars à la recherche du fameux Gérard. Mon problème étant que rien ne ressemble plus à un Gérard qu’un autre Gérard. Qu’est-ce que je dois chercher ? Un jogging ? Une moustache ? Tout le monde en a. Pareil pour le pull XXL avec un renne dessus (c’est bientôt Noël).
« C’est qui Gérard ? », que je demande à un autochtone qui serre des paluches. « Ah bah, y’en a plusieurs, hé hé. » Merci j’avais remarqué. « Non, bah c’est lui là, qu’a des lunettes et une veste en cuir. » Je vais vers lui direct pour avoir tout ce dont j’ai besoin et me casser au plus vite. « Bonjour, je viens faire un article sur votre départ. Est-ce que vous avez deux minutes ? » « Hé hé, bah c’est que les discours vont commencer, quoi. » Pouah ! Toi mon salaud t’as pas sucé que des glaçons avant de venir (on notera aussi que l’utilisation intensive du « hé hé » semble être une particularité des habitants de Vélizy-lès-Régine). Bref, je lui pose de passionnantes questions, il me répond, je note, boum, c’est fini.
SAUF QUE. Je dois encore parler au maire, sinon les gens ils vont pas être contents que leur chef il cause pas de Gérard dans le journal. Je vais le voir, il me donne son discours. « Vous allez voir, y’ a des blagues un peu… Coquines. Hé hé. Notez pas tout dans le journal, hein. Non parce que… Ben on est pas des PD avec Gérard, hein. C’est pour rire quoi. Comme il part et tout… » (après lecture, les blagues étaient de mauvais goût, mais je n’aurais jamais douté de l’hétérosexualité de ces deux hommes si virils).
Salut poli à tous les Gérard qui sont dans la place et je me tire (on notera aussi que ce post ne va nulle part, donc merci de ne pas vous attendre à une chute).
En partant, encore sous le coup de tant de poésie, deux questions me passent par la tête :
- PUTAIN, pourquoi faire ça un samedi soir, hein ?
- PUTAIN, pourquoi moi ?

Toi, t’es puni. Hé hé !
ta prochaine mission, si tu l’acceptes (enfin t’as pas trop le choix à vrai dire) :
faire le départ de Raoul Biteenbois. Pas un PD lui non plus.